Fosdem 2005 : Des nouvelles du développement de Mozilla
Chaque année un peu plus nombreux, les développeurs européens de logiciels libres et open source se réunissent dans les locaux de l’Université libre de Bruxelles pour deux jours de conférences et de discussions à l’occasion du FOSDEM. C’est l’occasion d’assister à des discours de personnalités éminentes comme Jimbo Wales (Wikipédia), l’éternel Richard Stallman (FSF), ou encore Alan Cox (noyau Linux) ; et d’acheter un t-shirt, une affiche ou une peluche de son projet préféré. Mais le plus intéressant est peut-être ce qui se passe à côté, dans les « Developer room. »
Quelques projets disposent en effet de leur salle réservée où ils peuvent aborder des sujets plus spécifiques. C’est le cas du projet Mozilla, et ce fut cette année l’occasion de rassembler une bonne partie des développeurs et « localisateurs » (un peu plus que de simples traducteurs) européens, particulièrement les membres du Mozilla Localization Project qui pour la plupart ne s’étaient jamais vus. Certains viennent de loin comme le traducteur polonais ou les membres de la communauté d’utilisateurs espagnole, d’autres comme moi sont presque venus à pied. La Fondation Mozilla est représentée par Gervase Marckham, membre du staff et spécialiste des licences, tandis que Mozilla Europe est présent en force avec rien de moins que son président Tristan Nitot, accompagné de Pascal Chevrel, Axel Hecht et Peter Van der Beken.
C’est aussi l’occasion pour les membres de Geckozone et de Frenchmozilla de se (re)trouver. Si Éric et Olivier étaient absents cette année, on pouvait néanmoins y croiser Philippe (traduction de Firefox), Flore et Sébastien (traduction de Nvu), Cédric Corazza (traduction de Calendar et de plein d’autres choses) ou encore Sébastien Deleuze (Bouiaw). Voilà pour la rubrique people.
Mais qu’est-ce qui s’est dit sur notre projet préféré ? Beaucoup de choses... Après une brève présentation des interlocuteurs, Gervase a commencé par parler de Bugzilla avec son inimitable accent british, et l’humour qui va avec. Bugzilla, l’outil de gestion des « bugs », qui sert aussi à planifier les nouvelles fonctionnalités et améliorations des logiciels, est l’un des projets les plus discrets de la Fondation, mais sans doute celui qui a eu le plus de succès dans les entreprises comme IBM, Red Hat ou la NASA (voir la liste complète). La nouvelle version 2.18 était attendue depuis plus de deux ans, et ses nouvelles fonctions statistiques sont certainement impressionnantes même si la démonstration aurait mieux fonctionné sans une interruption de la connexion au réseau.
Traditionnellement, il y a toujours une présentation qui montre des choses extraordinaires qu’on peut faire avec Mozilla et dont personne n’avait eu l’idée, ou auxquelles on avait rêvé sans aucun espoir de les voir réaliser un jour. L’année dernière c’était une démonstration de Crocodile Maths, et cette année c’était celle de Hisham El-Eman qui nous a montré une application permettant de travailler à distance sur tous types de documents bureautiques (fichiers Word, Excel et PowerPoint) et sur des bases de données de type FileMaker (une sorte d’Access en mieux), tout ça à partir d’un simple client Mozilla (XUL+JavaScript). La partie serveur et la conversion des documents étant quant à elle réalisée en Java. Le tout devrait être disponible au printemps. Pour qui, pour quoi, mystère...
Je passe sur les présentations concernant la localisation et Camino. La première parce que c’était surtout une liste de ce qui allait mieux depuis l’année dernière (beaucoup) et de ce qui restait à faire pour que ce soit parfait (énormément). La seconde, ayant lieu le dimanche matin, parce que je n’étais pas levé assez tôt pour y assister. C’est alors Axel Hecht qui est venu nous parler de xulrunner et de Mozilla 2.0. xulrunner ça ne vous dit sans doute pas grand chose, c’est pourtant quelque chose que les développeurs attendent avec impatience : pouvoir lancer n’importe quelle application XUL (y compris Firefox et Thunderbird) du moment qu’une installation de Mozilla est disponible. Par contre, au sujet de Mozilla 2.0 vous êtes certainement curieux.
Eh bien cela va sans doute vous décevoir, mais il n’y aura probablement pas de Mozilla 2.0. Pas un logiciel publié sous ce nom en tout cas. Les développeurs estiment en effet que ce nom est déjà trop surchargé. D’ailleurs, peu le savent sans doute, il y a déjà eu un Mozilla 2.0 en 1996, qui n’était autre que la seconde version de Netscape Navigator. Non, ce qu’ils appellent Mozilla 2.0 ce n’est pas un logiciel, c’est une plateforme.
Revenons un peu en arrière, au moment de la sortie de Mozilla 1.0. À ce moment, la suite d’applications que nous connaissons est publiée sous ce nom. Mais surtout, la plateforme de développement sur laquelle elle est construite, les interfaces de programmation (API) sont « figées » pour permettre à d’autres de baser leurs logiciels dessus. C’est grâce à cette stabilité que l’on a pu voir un foisonnement d’applications et d’extensions basées sur Mozilla et son moteur Gecko, et que l’on peut (en théorie) mettre à jour Mozilla sans que le code de celles-ci doive être revu de fond en comble.
Mais cette stabilité est aussi un handicap, parce qu’elle empêche d’améliorer les performances de certaines parties de Mozilla, ou de faire de nouvelles choses auxquelles on n’avait pas pensé à l’époque. Les développeurs aimeraient donc pouvoir « briser » de temps en temps cette compatibilité là où c’est nécessaire, ce qui nécessite une nouvelle version majeure. Comme les versions des nouvelles applications distribuées par la fondation (Firefox, Thunderbird, Camino, ...) ont été découplées de celles de la plateforme (par exemple, Firefox 1.0 et Thunderbird 1.0 sont basés sur Mozilla 1.7.5), il n’y aura pas forcément de logiciel publié en même temps que l’hypothétique « Mozilla 2.0 », même si le développement de la suite intégrée se poursuit.
Que devrait-il y avoir dans ce Mozilla 2.0 ? Ce qu’en retiendront sans doute les développeurs d’applications, c’est, outre le xulrunner sus-cité, une série de mises à jour importantes de l’infrastructure et de nouvelles fonctionnalités. Par exemple, une mise à jour du support RDF utilisé pour représenter certains types de données dans Mozilla. Pour ceux qui font des études d’informatique ou ont connaissance de la théorie des graphes, ils s’agit d’un modèle de graphes orientés connexes. La version utilisée par Mozilla est probablement la plus ancienne implémentation du modèle, et n’est à présent plus conforme aux spécifications qui ont été revues depuis lors.
Toujours dans les formats de données, leur stockage sur le disque devrait passer d’un format obscur appelé « mork », que personne ne comprend à l’exception de son créateur qui a disparu dans la nature, à un format basé sur le langage SQL. Ceci devrait entre autres permettre aux applications de recherche comme Google Desktop d’accéder plus facilement aux informations d’historique de Firefox.
Une autre évolution importante est certainement l’activation du support SVG natif en cours de développement. Celui-ci permet de dessiner des formes et des courbes très facilement tout en bénéficiant de l’accélération fournie par les cartes graphiques modernes. Mais surtout, un support natif par Mozilla (par opposition à un plugin comme celui d’Adobe) permet de manipuler ces objets dynamiquement et de les mélanger aux autres types de données supportés. En gros, tout ce que vous avez pu voir en Flash sera possible avec SVG, au sein même d’une page Web, sans perdre aucune des autres fonctionnalités du navigateur.
On parle aussi d’une mise à jour de XUL, qui bénéficiera d’une part d’un nouvel élément appelé « canvas » et qui permettra d’autre part d’utiliser d’autres sources de données que RDF pour ses templates (beaucoup de développeurs d’applications attendent avec impatience de pouvoir utiliser n’importe quelle source XML voire une simple requête SQL), de permettre d’une façon ou d’une autre le partage entre applications de certaines parties des profils (comme le cache), d’un meilleur modèle de sécurité pour XBL et les applications « riches », avec par exemple la possibilité d’accéder à des ressources localisées. Vous trouverez une liste complète des objectifs et espoirs de Mozilla 2.0 sur le wiki de Mozilla.org ou dans les slides de la présentation lorsqu’ils seront publiés.
Les dernières présentations de Gervase et de Tristan concernaient les projets et les sources de financement de la Fondation Mozilla et de Mozilla Europe. Fait inhabituel à une réunion de développeurs, une journaliste de ZDNet UK était également présente dans la salle. Vous verrez donc certainement une foison d’articles à ce sujet dans les prochains jours, dont certains ont déjà suscité l’émoi sur nos forums. Les propos de Gerv et Tristan ont parfois été très déformés, nous vous conseillons donc d’attendre leur clarification qui ne devrait pas tarder.
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